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EDITORIAL

Le logement : pour sortir de l'impasse Kyoto
Aller au sommaire du n° 89     14/03/2005     PBE   Agrandir

Malgré la ratification du traité, Kyoto est mal-en-point. En tout cas en Belgique. C’est qu’à force de faire porter les efforts sur une catégorie d’acteurs, l’industrie, on en arrive à un stade où elle réagit comme on pouvait s’y attendre : elle renâcle…

Dans un communiqué datant du 4 mars, la FEB indiquait en substance qu’elle n’approuvait pas les objectifs chiffrés de réduction de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2050. Et on comprend l’effroi des industriels lorsqu’on sait que des chiffres de réduction des GES de -60 à -80% sont avancés pour l’horizon 2050. A l’horizon de 2020, on évoque une réduction des émissions de 15 à 30%. Les raisons invoquées tiennent évidemment de la compétitivité puisque les autres grands acteurs que sont la Chine et les Etats-Unis – qui sont les deux plus gros pollueurs actuels – n’entrent pas dans la danse. Doit-on dès lors faire supporter à la seule industrie l’effort de réduction ? Le premier ministre Guy Verhofstadt semble avoir tranché en soutenant l’objectif à long terme – mais cela ne l’engage politiquement à rien – et en refusant de soutenir l’objectif à l’horizon 2020, une réduction des émissions de 15 à 30% des émissions de GES.

On peut le comprendre, mais pas nécessairement l’approuver ! Lors du Conseil des ministres européens de l´Environnement de ce 10 mars, les ministres de l'environnement de l'Union européenne ont d’ailleurs décidé d’avaliser les objectifs chiffrés précités pour 2020 et 2050, se montrant par là plus écologistes que la Commission et que plusieurs gouvernements européens. Un signal fort qui émane de responsables bien au fait de la problématique et dont il serait bon de tenir compte. Car, même si certains lobbys clament le contraire, il faudra fournir ces efforts à un moment ou à un autre. Et si l’industrie, responsable d’environ 25% des émissions de CO2 d’origine énergétique, doit rester en première ligne, Kyoto appelle une stratégie à plusieurs niveaux, dont certains restent sous-exploités, notamment le logement. Il y a là un potentiel important d’économie de gaz à effet de serre. Selon les chiffres du bureau du plan, le logement est responsable de plus de 25% des émissions de gaz à effet de serre d’origine énergétique. En 2010, cette part serait de 28%.

Notre passage à Batibouw nous a en tout cas convaincu d’une chose : les économies sont non seulement possibles – les techniques pour le faire sont nombreuses – mais réalisables. Selon une étude d’Eurima, l’association européenne des fabricants d’isolants, portant sur les pertes d’énergie des bâtiments particuliers, la Belgique arrive dernière avec des pertes de 52 380 Mégajoules (MJ) par habitation par an, alors que ces pertes sont d’un peu moins de 30 000 Mégajoules en France et aux Pays-Bas. Sans même envisager de s’aligner sur nos voisins, une étude menée conjointement par le Centre Scientifique et Technique de la Construction, le VITO, l’Institut wallon et l’UCL, a évalué les économies d’énergie réalisables à 37% en moyenne. Par un simple calcul d’extrapolation effectué pour la Région wallonne, cette seule économie permettrait d’atteindre 75% de l’objectif Kyoto pour 2012, si l’ensemble du parc de logement était amélioré.

Vue de l’esprit ? Propos utopiques ? Certes non. Car, comme on pourra le lire, de nombreux hommes politiques soutiennent une démarche similaire. Le 18 février dernier, André Antoine annonçait la reconduction du système des primes liées à l'efficacité énergétique des bâtiments. Le montant de plusieurs primes sont même en augmentation sensible. En Flandre, la transposition de la directive européenne sur les prestations énergétiques des bâtiments (ED 2002/91/EG) est désormais chose acquise. Au fédéral, les déductions fiscales sont toujours à l’ordre du jour et d’autres mécanismes comme celui du tiers investisseur sont désormais à l’œuvre. Bien, très bien même. Mais tout cela est diablement éparpillé, tant en termes de mesure que de compétences. Il y manque une véritable vision d’ensemble coordonnée au plus haut niveau. Car il est frappant de constater le peu de place attribué à l’efficacité énergétique des logements dans le plan national climat 2002-2012.

L’ironie veut que ce soit la FGTB qui arrive la première avec cette vision globale (voir ABN 88) en proposant de transposer en Belgique une initiative allemande portée par le syndicat DGB. A la clé, une politique qui permet de combiner rénovation des logements, création d’emploi, réduction d’émission de CO2 et augmentation des recettes fiscales. Et le sourire de naître sur nos visages puisque dans un tel schéma, l’industrie serait moins mise sous pression quant aux émissions de CO2. A quand le soutien de la FEB à une proposition émanant de la FGTB ?

L'Agence Alter

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